Aller aux fiches
Le Pêne DormantEssais et relevés sur les serrures, les portes, les coffres et les fermetures en Loir-et-Cher

ProtocoleFiches 7Relevé 19/09/2026

Fiche
SR-001
Relevé

Outillage à main du serrurier : poser un cylindre

Les outils à main qui posent et ajustent cylindre, pêne et gâche sur une porte, et les gestes de tenue du métal qu'ils permettent au poste.

1 206 motsLecture 5 minSources lues 2

Un établi de serrurier en bois usé, un cylindre de laiton serré entre deux plaques de bois tendre dans un étau à mors lisses, une lime et un tournevis posés à côté, lumière rasante d'une lampe d'atelier venant de la gauche, cadrage serré sur l'étau.
Vue SR-001 Poste Serrures, relevé

Un cylindre se pose avec peu d'outils : un tournevis plat, une clé Allen ou un jeu de tournevis selon la vis de fixation, un mètre et une lime. Le pêne et la gâche demandent en plus un burin ou un ciseau à bois, un marteau et une équerre. La difficulté n'est pas dans la liste, elle est dans la tenue de la pièce pendant que la main travaille. Le matériel de tenue du poste décrit là-bas repose sur les mêmes principes : une surface qui ne glisse pas, un serrage qui ne marque pas, un éclairage qui rend l'arête visible.

Ce que l'outillage à main doit tenir sur une porte

Une porte montée sur ses gonds bouge. Un cylindre présenté dans son canon tourne autour de son axe. Une gâche posée sur un montant de bois ou de métal se déplace dès que la vis mord. Le travail du serrurier consiste donc à immobiliser trois choses en même temps : la porte, la pièce et l'outil.

Sur un atelier de bijouterie, la même contrainte existe à une autre échelle. Le poste de sertissage tient une pièce minuscule immobile pendant que les deux mains agissent, avec un peg de poste, un étau, de la shellac ou de la cire.

Un serrurier transpose ces principes sans les nommer. Il cale la porte avec une cale sous le vantail. Il serre le canon dans un étau à mors lisses, jamais à mors striés, pour ne pas marquer le laiton. Il pose une lumière rasante sur la gâche pour voir le jeu entre le pêne et sa mortaise.

Quels outils à main pour poser un cylindre ?

La pose d'un cylindre se fait en quatre temps : mesure, perçage, présentation, fixation.

La mesure donne l'épaisseur de la porte et le déport du canon. Un pied à coulisse ou un réglet suffit. Le déport se lit entre le bord extérieur du canon et l'axe de la vis de fixation. Une erreur de deux millimètres se rattrape mal après perçage.

Le perçage se fait à la perceuse, mais le tracé se fait à la main : pointeau, équerre, crayon de charpentier. Le pointeau est un outil à main qui marque le métal avant que le foret ne morde. Sans lui, le foret dérive sur une surface plane.

La présentation se fait cylindre en place, sans serrer. Le serrurier vérifie que la came tourne librement dans le boîtier et que le pêne sort sans forcer. Une came qui frotte se repère au bruit et à la résistance du bouton.

La fixation se fait avec la vis fournie. Le tournevis doit être à la largeur exacte de la fente. Un tournevis trop étroit écrase les lèvres de la vis et abîme la tête. C'est un point que les outils de précision rendent visible : une lame qui remplit la fente transmet le couple sans glisser.

Comment ajuster un pêne et une gâche sans forcer ?

Le pêne est la pièce qui sort du boîtier et entre dans la gâche. Son ajustement se joue au dixième de millimètre dans le sens vertical et horizontal.

Le jeu vertical se règle par la position de la gâche sur le montant. Le jeu horizontal se règle par la profondeur de la mortaise. Une gâche trop profonde laisse le pêne flotter et la porte bouge. Une gâche trop serrée fait frotter le pêne et use le mécanisme.

Le tracé de la gâche se fait avec la porte fermée. Le serrurier enduit le pêne de craie ou de bleu de Prusse, ferme la porte, et lit l'empreinte sur le montant. Cette méthode vient de l'ajustage mécanique et se retrouve dans le travail des arêtes : on lit le contact avant de couper.

La mortaise se creuse au ciseau à bois ou au burin selon le support. Le ciseau se tient à plat pour délimiter, puis en biais pour enlever la matière. Le marteau frappe par petits coups. Un burin de serrurier et un burin de graveur partagent la même géométrie d'arête : un biseau qui coupe et un corps qui guide.

L'ajustement final se fait à la lime. Une lime demi-douce enlève le métal par petites passes. Le serrurier contrôle à chaque passe en refermant la porte. Il ne retire jamais la totalité du jeu d'un seul geste.

Les outils qui tiennent la pièce pendant le travail

Un cylindre posé dans un étau tourne si les mors sont lisses et la pression faible. Le serrurier interpose alors deux plaques de bois tendre ou de cuir. Cette technique se retrouve dans les métiers qui travaillent le petit métal : on protège la surface et on augmente le frottement en même temps.

La gâche se tient avec une pince-étau quand elle est petite. La pince-étau sert de troisième main : elle tient la pièce pendant que le serrurier présente la vis et le tournevis. C'est le même rôle qu'un étau de bijoutier ou qu'un peg de poste, tenir pour libérer les deux mains.

Le maintien de la porte elle-même est un problème distinct. Une porte qui bouge transmet son mouvement à la gâche et fausse le tracé. Le serrurier cale le vantail, parfois avec un coin de bois, parfois avec une sangle. Le contrôle se fait en poussant la porte dans les deux sens avant de marquer.

Comment lire l'usure d'un cylindre avant de le remplacer ?

Un cylindre usé se reconnaît à trois signes : la clé entre avec un jeu latéral, le bouton tourne sans résistance sur une partie de la course, et le pêne ne sort plus complètement.

Le jeu latéral se mesure approximativement en bougeant la clé dans le canon. Un jeu de plus d'un millimètre annonce des goupilles usées. Le cylindre se démonte alors pour inspection, mais le remplacement est souvent plus rapide que la réparation.

La résistance du bouton se teste à la main, porte ouverte. Une course irrégulière indique une came ou un ressort fatigué. Le pêne se vérifie en le poussant à fond : s'il ne dépasse pas de la valeur prévue, le mécanisme est en fin de vie.

Ces contrôles se font sans outil spécial. Ils demandent seulement que la porte soit tenue immobile et que la lumière soit suffisante pour voir le débattement du pêne.

Ce que l'outillage à main ne remplace pas

Aucun outil à main ne remplace la mesure. Un cylindre acheté sans relevé d'épaisseur ne se monte pas. Une gâche posée sans tracé se reprend au moins une fois.

Aucun outil à main ne remplace la tenue. Une pièce qui glisse pendant le perçage ou la mortaise produit un défaut visible et parfois irréparable. Le temps passé à caler la porte et à serrer la pièce est du temps gagné.

Aucun outil à main ne remplace la lecture du contact. Le bleu de Prusse, la craie, la lumière rasante sont des moyens de voir ce que l'œil seul ne distingue pas. Le serrurier qui ajuste un pêne travaille comme celui qui ajuste une arête : il observe avant de couper.

Sources

Fiches voisines du poste